A Fos-sur-Mer, Ikea est accusé par une association de détruire des espèces protégées
dimanche 22 novembre 2009 par noxenvoyage
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En mai dernier, un article du quotiden Le Monde parlait de l’action de Nacicca dans le dossier Ikea. Cet article n’étant plus accessible qu’aux abonnés du quotidien, nous l’avons archivé ici.
A Fos-sur-Mer, Ikea est accusé par une association de détruire des espèces protégées
Une plainte a été déposée contre la multinationale, qui assure avoir apporté toutes les modifications nécessaires à son chantier de plate-forme
par Gilles van Kote
Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) Envoyé spécial
A l’entrée de la zone industrielle de Fos-sur-Mer, le bâtiment attire l’oeil : un parallélépipède formé d’un gigantesque entrelacs métallique. Ni cheminée ni cuve, à la différence de la plupart des constructions du secteur. C’est ici qu’Ikea installe sa plate-forme logistique pour le sud de la France : un dépôt de 35 m de hauteur et de 65 000 m2 de capacité. A ses pieds, des prairies humides, terrains fréquentés par les manadiers et les taureaux. La Camargue n’est pas loin. Les travaux ont débuté en 2007, la livraison est prévue pour cette année... malgré les efforts de Nacicca, acronyme de l’association locale Nature et citoyenneté Crau Camargue. « Nous sommes partis du constat qu’il y avait une multitude d’aires protégées dans la région et qu’il s’y faisait un peu tout et n’importe quoi, raconte Cyril Girard, un de ses administrateurs. Nous avons eu vent du projet Ikea et avons trouvé surprenant le choix d’un territoire situé à l’intersection de la Camargue, de la Crau et des territoires maritimes, et donc forcément d’une grande biodiversité. » Pour beaucoup professionnels de l’environnement, les membres de Nacicca se sont rendus aux alentours du site du chantier. Ils affirment y avoir repéré une trentaine d’espèces protégées en l’espace de quinze jours. Parmi celles-ci : le lézard ocellé, espèce en voie de disparition dans la plaine de la Crau, ou la diane, un papillon. « L’étude d’impact réalisée pour le compte d’Ikea se basait sur une seule journée de terrain et quelques données bibliographiques, affirme Cyril Girard. Nous avons alerté le Conseil national de la protection de la nature, qui avait pourtant donné un avis favorable au projet. »
NAPPE PHRÉATIQUE PERCÉE Contacté par le sous-préfet des Bouches-du-Rhône, Nacicca a également été sollicitée par Ikea. Plusieurs rencontres ont eu lieu entre la multinationale et l’association locale. Mais aujourd’hui, les ponts sont coupés. « On n’est pas parvenus à trouver un compromis », assure Cyril Girard. En 2008, Nacicca et France nature environnement (FNE) ont déposé une plainte pour destruction d’espèces protégées. « On était pourtant arrivés à un niveau de compromis acceptable, estime Pierre Deyries, directeur de la communication et du développement durable d’Ikea-France. Les gens de Nacicca ont de véritables compétences, et nous avons tenu compte de leur point de vue. Mais quand on leur a proposé de signer un protocole en douze points, ils ont refusé. » Ikea affirme avoir modifié l’implantation et l’orientation de son dépôt pour tenir compte des remarques de l’association et protéger une zone humide, avoir repensé les réseaux d’alimentation de l’installation et la zone de circulation des camions. « Même s’ils ne veulent pas le dire, les gens de Nacicca ont apprécié ces changements, affirme Pierre Deyries. Nous souhaitons les rencontrer à nouveau, ainsi que FNE, pour discuter de la situation. » Mais un nouveau motif de discorde est survenu. Nacicca affirme que les travaux ont provoqué le percement de la nappe phréatique de la Crau, qui se trouve à moins de 3 mètres de profondeur. Plusieurs terrains environnant le chantier ont en effet été inondés. Pierre Deyries l’explique par la nécessité de pomper la nappe afin de pouvoir réaliser à sec certains travaux de coffrage des réseaux, et assure que les mesures de précaution nécessaires ont été prises. « Notre but est de moraliser ce genre de chantier et de faire en sorte que la loi s’applique, affirme Cyril Girard. Il est hallucinant de voir comment les services de l’Etat peuvent se montrer complaisants. » Chacun son rôle : intransigeance pour l’un, ouverture pour l’autre. « Nous avons toujours respecté et écouté Nacicca, assure Pierre Deyries. Cette histoire n’a rien à voir avec celle du pot de terre contre le pot de fer. »
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